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Les professeurs face à l’IA générative : comment les élèves fraudent et sont démasqués

IA générative – L’avènement de l’intelligence artificielle générative (IAG) dans les salles de classe représente un tournant majeur dans le domaine de l’enseignement. Ces systèmes, capables de produire du contenu de manière autonome, offrent de nouvelles possibilités mais soulèvent également des défis importants.

55 % des jeunes âgés entre 13 et 25 ans utilisent l’IA générative

Sophie, enseignante d’histoire-géographie dans un lycée parisien, réprime difficilement un rire nerveux en parcourant la copie de John. C’est un élève de troisième au parcours scolaire tumultueux. Se demandant s’il a seulement saisi la moitié de ce qu’il a écrit, elle se sent obligée d’envoyer un message à l’élève pour lui expliquer qu’ayant eu des soupçons, elle a vérifié auprès de ChatGPT qui lui a confirmé être l’auteur de ce texte. Cédric répond avec assurance : « C’est bien moi qui l’ai rédigé, mais être pris pour une IA générative me flatte ».

L’effronterie étant une caractéristique inhérente à la jeunesse et la pratique de la triche étant une leçon souvent apprise sur les bancs de l’école, la réaction de ce jeune impertinent n’a rien de surprenant. Ce qui est nouveau, c’est le moyen qu’il a choisi pour tricher. Avec 55% des jeunes âgés de 13 à 25 ans déclarant utiliser occasionnellement un outil d’IA générative en France, et un étudiant sur deux l’utilisant comme source de documentation, les élèves les moins appliqués favorisent particulièrement l’usage de ChatGPT et de ses homologues. Depuis que des « robots » sont capables de rédiger à la place des élèves des dissertations ou des problèmes mathématiques, les enseignants se trouvent fréquemment à douter de leur sincérité.

Les professeurs confrontés à l'IA générative dans l'éducation
L’IA générative dans l’éducation un bien pour un mal ?

Le même sentiment réunit aussi bien le mathématicien professionnel que le simple lycéen

Philippe se remémore une copie du grand oral de mathématiques. La question posée était la suivante : « Quelle est la probabilité de succès dans Squid Game ? » Pour rappel, Squid Game est une série sud-coréenne dont le synopsis est assez simple : 456 participants s’engagent dans des jeux où l’échec entraîne la mort. L’unique objectif est de survivre aux six épreuves pour avoir la chance de remporter les milliards de wons promis au vainqueur.

Dans sa conclusion, un élève avait écrit : « Je souhaite simplement évoquer le sentiment de satisfaction que l’on éprouve en résolvant un problème qui a occupé nos pensées pendant plusieurs jours. J’ai l’impression que c’est ce même sentiment qui unit aussi bien le mathématicien professionnel que le simple lycéen. Une sorte de transcendance propre à cette discipline. Avec du recul, il me semble que réfléchir sur le problème de Squid Game était préférable à participer à Squid Game. »

Le style de ChatGPT reconnu comme froid et uniforme

Entre ironie et hypocrisie, le cœur du professeur-enquêteur aurait pu osciller s’il n’avait pas immédiatement reconnu le style caractéristique de ChatGPT : froid et uniforme. Même s’il avait nourri des suspicions, il aurait pu consulter l’un des informateurs digitaux conçus par la même intelligence artificielle. Ces outils en ligne tels que l’OpenAI API Key (fourni par OpenAI, la société à l’origine de ChatGPT), Copyleaks, GPTZero, Turnitin, Winston AI ou Content at Scale offrent, grâce à une analyse rapide, la capacité de déceler l’origine d’un texte ou d’une image. Cependant, ils ne sont pas infaillibles. Face à un extrait de la Bible, l’un d’entre eux avait affirmé que le texte lui appartenait !

Il est indéniable que le jeu du Chat(GPT) et de la souris s’intensifie, avec d’un côté les outils d’attaque et de défense en ligne. Les élèves, souvent en avance sur leurs enseignants – et plus habiles dans la manipulation d’Internet et des réseaux sociaux -, connaissent les moyens de contourner la vigilance de ces détecteurs. Les plateformes comme YouTube, TikTok et Instagram regorgent de vidéos et de tutoriels partageant des astuces et des techniques de contournement. Par exemple, le compte Instagram de Aiforall_fr propose régulièrement du contenu sur ce sujet, tandis que des sites comme Undetectable AI offrent, par un processus d’« humanisation », une réécriture crédible. Grâce à une technologie avancée de modélisation du langage naturel, cet outil génère du contenu qui imite véritablement l’écriture humaine. Pour ce faire, il suffit d’ajouter à la problématique initiale quelques directives telles que « utilisez un style d’écriture naturel » ou même « un style de lycéen ».

Apprendre à vire avec l’IA générative

Face à un consensus aussi marqué parmi les enseignants et les étudiants sur le fait que l’usage de l’IA dans le cadre des devoirs ou des examens constitue de la triche, il est clair que des mesures doivent être prises. Cependant, une approche d’exclusion totale de l’IA des écoles ou d’interdiction de son utilisation lors des devoirs à la maison est irréaliste. L’IA est une réalité incontournable et une révolution en marche ; il est impératif d’apprendre à vivre avec elle.

Comme l’a souligné Axel Jean, chef du bureau de soutien à l’innovation numérique et à la recherche appliquée au ministère de l’Éducation Nationale, il est crucial de ne pas se laisser distancer par cette l’IA générative. Il est clair que l’IA ne remplacera pas tous les métiers, en particulier celui des enseignants. Cependant, ne pas maîtriser son utilisation risque de mettre les individus en danger de se faire remplacer par d’autres qui sauront l’utiliser efficacement.

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Sarah Eaton, professeur agrégée à l’Université de Calgary et experte en éducation à l’IA, met en avant l’importance de reconnaître l’omniprésence de l’IA dans la vie quotidienne des enfants, même dès un jeune âge. Il serait irresponsable de fermer les yeux sur ce phénomène, car l’IA générative est là pour rester et continuera d’influencer tous les aspects de nos vies, y compris l’éducation.

Ainsi, plutôt que d’opter pour une exclusion totale, il est essentiel que les éducateurs intègrent l’IA dans leurs pratiques pédagogiques et enseignent aux élèves à utiliser cette technologie de manière éthique et responsable. Cela implique de développer l’esprit critique des élèves pour qu’ils deviennent des citoyens éclairés capables de naviguer dans un monde de plus en plus façonné par l’IA générative.

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Philippe Blanco

est un journaliste passionné et intrépide, né dans la petite ville fictive de Willowbrook en 1975. Dès son plus jeune âge, il a développé une curiosité insatiable pour le monde qui l'entoure, posant des questions et explorant des idées avec une profonde fascination. Il a grandi en rêvant de parcourir le monde et de raconter des histoires qui captiveraient le cœur des gens.

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