Histoire

Comment les États-Unis ont abandonné la chambre à gaz comme méthode d’exécution

Il y a un siècle, un premier condamné à mort était exécuté aux États-Unis dans une chambre à gaz. Moins de 20 ans avant que la méthode ne soit utilisée à grande échelle dans le génocide nazi.

Exécuter un condamné de manière propre et peu douloureuse

Aux États-Unis, cette question a émergé à la fin du 19e siècle. Dans les années 1920, les bourreaux ont semblé trouver une réponse en développant une nouvelle méthode. Le 8 février 1924, il y a exactement un siècle, un meurtrier a été exécuté dans une chambre à gaz. Bien que cette méthode ait depuis été abandonnée dans de nombreux endroits, elle reste légale dans certains États. Cependant, moins de 20 ans avant que le régime nazi ne l’industrialise pour le génocide, la chambre à gaz était considérée comme une option prometteuse par ses partisans.

Après l’indépendance en 1776, la pendaison était le principal mode d’exécution. Cependant, à partir de la seconde moitié du 19e siècle, des problèmes ont surgi lors des exécutions. Simon Grivet, historien spécialisé dans le droit et la justice aux États-Unis, l’explique. La mort pouvait être longue et brutale, avec parfois des décapitations causées par la corde. À partir de 1890, la chaise électrique est apparue.

Ce n’est qu’après la Première Guerre mondiale que la chambre à gaz a été envisagée. Les gaz de combat avaient été largement utilisés sur les fronts européens. Ces gaz, bien que parfois dangereux, étaient également utilisés dans les États de l’Ouest pour l’agriculture, notamment dans la culture des oranges et des citrons, ainsi que dans l’industrie minière pour l’extraction de l’or. Des accidents mortels étaient d’ailleurs fréquents dans ces secteurs.

Voici comment Les États-Unis ont abandonné la chambre à gaz comme méthode d'exécution
Une chambre à gaz à Auschwitz

Une chambre à gaz est mise en place pour la première fois dans l’État du Nevada

Il y avait alors cette idée d’une mort instantanée, avec un nuage de gaz, qui ferait perdre connaissance au condamné qui mourrait sans douleur.

Simon Grivet, historien des Etats-Unis

Cependant, la réalité était bien plus complexe. Gee Jon, un ressortissant chinois condamné à mort pour meurtre, a d’abord été soumis à une tentative d’exécution dans sa cellule pendant son sommeil. La chambre n’étant pas étanche, le gaz s’en est échappé et l’exécution a échoué.

Une chambre à gaz est alors mise en place. Le matin du 8 février, à 9h40, le gaz est libéré, mais Gee Jon continue de bouger pendant 6 minutes. Il devient totalement immobile après 10 minutes. La pièce où les témoins assistent aux derniers instants du condamné est évacuée par le directeur de la prison après qu’une odeur, possiblement de cyanure, s’y soit répandue.

Pourquoi et comment les états-unis ont supprimés les chambres à gaz
Une chambre à gaz dans le camp principal d’Auschwitz

La méthode de la chambre à gaz reste un moyen d’éxécution jusqu’à la fin du siècle

Malgré cette première expérience mitigée, la méthode va trouver écho dans plusieurs États, principalement de l’Ouest. « En Californie en particulier, un directeur de prison qui se lance en politique fait campagne pour cette méthode qui est adoptée en 1937 », raconte Simon Grivet. Une cabine métallique étanche, avec des vitres, est construite. « Pour pouvoir exécuter deux personnes en même temps, deux sièges y sont installés avec des vases d’acide chlorhydrique en dessous, dans lesquels des œufs de cyanure sont plongés pour faire du cyanure d’hydrogène », explique aussi l’historien.

La méthode de la chambre à gaz comme moyen d’exécution reste sensiblement la même jusqu’à la fin du siècle. Il convient de noter que le gaz est invisible, contrairement aux représentations cinématographiques qui ont marqué l’imaginaire américain. Parmi elles, la mise à mort d’une meurtrière dans le célèbre film « I Want to Live », sorti en 1957, a suscité un débat de société aux États-Unis. Notamment sur la constitutionnalité de la peine de mort. Dans le film « The Player », une femme est exécutée dans une épaisse fumée, incarnée par Julia Roberts, et est sauvée in extremis par Bruce Willis.

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Chambre à gaz d’Auschwitz avec sur les murs, les traces d’ongles de personnes

Après la Shoah, les premières interrogations apparaissent

Étonnamment, le génocide ne suscite pas immédiatement de remise en cause de cette méthode d’exécution. Bien que le Troisième Reich ait utilisé du Zyklon-B, contenant du cyanure d’hydrogène, pour ses chambres à gaz, le questionnement sur leur utilisation ne survient qu’à partir des années 1960. Avec le procès Eichmann et les travaux de documentation comme le film Shoah, révèlent l’étendue du système génocidaire.

« Mais à ce moment-là, les exécutions par gaz s’arrêtent car le débat sur la constitutionnalité de la peine de mort prend de l’ampleur », souligne Simon Grivet. Ce débat culmine en 1977 avec la réautorisation de la peine capitale par la Cour suprême après un moratoire entamé en 1963. Au début des années 1990, en Californie, État qui a le plus utilisé les chambres à gaz, les exécutions reprennent. Notamment avec celle de Robert Harris. « C’était le ‘poster boy’, le méchant caricatural qui a froidement et sans aucun remords abattu deux adolescents pour voler une voiture », explique Simon Grivet.

Une juge fédérale déclare la chambre à gaz anticonstitutionnelle, mettant en avant le contraste avec la sombre expérience du génocide». Une bataille juridique s’ensuit, toujours d’actualité aujourd’hui, d’autant plus que les laboratoires pharmaceutiques refusent désormais de fournir les produits nécessaires. Ainsi, la méthode a progressivement été abandonnée au profit de l’injection létale, développée à la fin des années 1970. Actuellement, seuls sept États autorisent l’utilisation de gaz létaux.

L'allemand Walter LaGrand exécuté par injection létale
Walter LaGrand reconnu coupable en 1987 du meurtre d’une fillette de huit ans est exécuté par injection létale

Exécution de l’allemand Walter LaGrand

Walter LaGrand est éxécuté, c’était un ressortissant allemand en Arizona. Il avait opté pour cette voie en espérant une intervention de la Cour suprême jusqu’au dernier instant. En 2022, l’Arizona avait annoncé l’exécution par gaz de Frank Atwood, reconnu coupable en 1987 du meurtre d’une fillette de huit ans. Son avocat avait pris la parole, soulignant que la mère du condamné était de confession juive et avait fui l’Autriche en 1939 pour échapper aux nazis. Finalement, le meurtrier avait été exécuté par injection létale.

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Récemment, un individu condamné à mort en 1996 pour le meurtre d’une femme a été exécuté par gaz. Mais cette fois-ci avec de l’azote, une première absolue. Cet Américain âgé de 58 ans a inhalé la substance à travers un masque. Au lieu de se retrouver dans une chambre à gaz et priver son corps d’oxygène.

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Cédric VEDEL

est directeur de publication et un des journalistes de Pointactu. Passionné par l'Asie, né en Auvergne en 1971. Dès son plus jeune âge, il a développé une curiosité débordante pour tout ce qui l'entoure. Il a grandi en rêvant de parcourir le monde et de raconter des histoires qui captiveraient le cœur des gens.

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